Téo Spychalski naît le 7 décembre 1944 dans une Pologne encore sous occupation allemande.>
Il est de ceux qui, venus au monde juste à la fin de la guerre, bien que sans souvenir personnel des événements, en ont eu, le temps de leur enfance, plein les oreilles et l'imagination. Par l'atmosphère. Par les récits et les souvenirs des autres. En même temps, après ce grand choc commence une époque de joie. Tout est en renouveau et rempli de possibilités. Tout semble radieux et prometteur. >
Un peu après la guerre, ses parents s'installent dans la ville portuaire de Gdansk, où il fait ses classes et termine son lycée en 1962. >
La vie culturelle et artistique dans la Pologne de cette période, fin années '50 et début '60, est en plein essor. Développements en peinture, musique, cinéma. Traductions de ce qui est vraiment valable dans la littérature mondiale. D'où des rencontres littéraires très importantes pour Téo Spychalski la plus forte peut-être : avec l'oeuvre de Thomas Mann. >
Autres rencontres, via l'école, entre l'âge de 14 et 18 ans, par des visites aux théâtres - très avant-gardistes à l'époque. Durrenmatt y est à la mode, aussi Ionesco, Pinter, Beckett et, du pays, Mrozek. Mais tout cela ne le retient pas trop. >
Il quitte Gdansk à l'automne 1962, va dans la ville médiévale de Torun et entre à l'Université Nicolas-Kopernic, faculté de lettres et linguistique. >
Un jour, quelque part à l'automne '63 ou au printemps '64, à la cantine universitaire, un peintre-ami lui chuchote à l'oreille que «dans une ville au sud du pays, Opole, est un petit théâtre où on fait asseoir les spectateurs autour de tables; les tables sont renversées pendant la représentation, par des acteurs qui rencontrent le diable, vendent leur âme et meurent». Et tout cela c'est «plus que vrai», dit l'ami (c'était son compte-rendu naïf d'un spectacle basé sur le Doctor Faustus de Marlowe et présenté par ce théâtre). Le théâtre s'appelle Teatr Trzynastu Rzedow (Théâtre des Treize Rangées). Il portera bientôt le nom Teatr Laboratorium. De Jerzy Grotowski.>
En janvier 1965, avec deux copains, Téo entreprend une excursion à Wroclaw, où ce Théâtre Laboratoire a déménagé entre-temps, et il y assiste à quelques répétitions du Prince Constant. >
À la fin de ses études, il se spécialise en «théâtrologie», au séminaire du professeur et grand critique Edward Csato. En 1966, pour la dernière année de ses études, il propose de sinstaller à Wroclaw afin d'y rédiger sa thèse finale sur les activités du Théâtre Laboratoire. Grotowski accepte. Il participe alors à tous les travaux de cette troupe. Il est encore en train de rédiger sa thèse lorsqu'on linvite à demeurer et à travailler au Théâtre Laboratoire. >
Il en devient alors membre et, de 1966 à 1980, y exerce plusieurs fonctions, des plus simples aux plus compliquées. Il introduit à la langue et à la culture polonaises les étrangers venus étudier au Théâtre Laboratoire. Il assiste Grotowski dans les cours donnés aux stagiaires. Il observe à peu près toutes les répétitions d'Apocalypsis cum figuris entre 1966 et 1968. >
Ensuite, impliqué par Grotowski dans l'élaboration de la phase post-théâtrale de sa recherche, il dirige, à partir de janvier 1973, les travaux pratiques du Studio International du Théâtre Laboratoire. >
Dès lors, Téo organise et dirige les projets participatifs (i.e. sans division entre acteurs et spectateurs), alors nommés «parathéâtraux», en compagnie de plusieurs collaborateurs, pour la plupart en provenance de pays étrangers.>
C'est à ce moment qu'il rencontre pour la première fois des Québécois, dont Gabriel Arcand (en janvier 1973). Gabriel reviendra à Wroclaw plus tard à quelques reprises et participera à lorganisation de certains événements du Laboratoire dans léquipe de Téo, notamment en 1975 à Ostrowina en Pologne, et à Venise pendant la Biennale, la même année. >
En 1977, invité par La Veillée et le Actors Lab de Toronto, Téo entreprend par bateau, le transatlantique Batory, sa première traversée vers lAmérique. S'en suivent : séjours à Montréal, travail avec les gens du Québec et de l'Ontario, visite chez les Amérindiens de lîle Manitoulin et étude de leurs danses. Puis voyage à travers le continent, dun océan à lautre. Naturellement, en bon Européen, dans un Greyhound. >
De retour en Pologne, il assiste Grotowski dans son grand projet du «Théâtre des Sources», de 1977 à 1980. À l'occasion de ce projet, il prend part aux expéditions de l'équipe de Grotowski à Haïti, en juillet 1979, puis au Mexique, chez les Huicholes, à l'hiver 1980, pour étudier leurs rituels et traditions sacrés.>
Suite à ces explorations, Téo Spychalski organise et dirige, entre mai et août 1980, dans le cadre du «Théâtre des Sources», les travaux de son volet Ostrowina, du nom de l'endroit où se déroulent les activités, tout près de Brzezinka, alors site principal du groupe de Grotowski.>
La tumultueuse deuxième moitié de l'année 1980 en Pologne coïncide avec son séjour à l'extérieur du pays, en Amérique du Sud où il se rend avec sa famille.>
Retenu outre-Atlantique à cause de la situation en Pologne, il travaille avec des jeunes gens de théâtre, au Venezuela en 1981, puis aux États-Unis, la même année, à New York et en Caroline du Nord. >
De nouveau au Canada à lété '81, il donne des stages dont les exercices proviennent du «Théâtre des Sources» (il les nomme «Mouvement-Vigile») à Vancouver et, avec plusieurs groupes de Québécois, à Chartierville dans les Cantons de lEst. >
Il repart ensuite pour un court séjour au Venezuela et, nouveau tour du destin, au moment du coup militaire du 13 décembre 1981 dans son pays, il est en route vers le Canada et Montréal. Il y arrive le 1er janvier 1982. Et il y reste.>
Réalisations au sein du Groupe de la Veillée
Directeur artistique et général du Groupe de la Veillée et du théâtre Prospero
- Adaptations et mises en scène
- Till l'espiègle / Le Journal de Nijinski (1982), L'Idiot d'après Dostoïevski (1983), Dans le petit manoir de Witkiewicz (1985), Parade sauvage (théâtre de chansons - 1984), Un bal nommé Balzac d'après " La Peau de chagrin " (1987), Les Cahiers de Malte Laurids Brigge d'après Rainer Maria Rilke (1988), La Guerre d'après " Voyage au bout de la nuit " de Louis-Ferdinand Céline (1991), Créanciers de Strindberg (1993), Moi, Feuerbach de Tankred Dorst (1995), La Faim d'après Knut Hamsun (1996), Les Démons d'après Dostoïevski (1997), La Nuit des tribades de Per Olov Enquist (2001).
- Activités parathéâtrales
- Plusieurs stages " Mouvement-Vigile " menés entre 1981 et 1984 à Chartierville (Québec).
- Enseignement
- Ateliers d'interprétation donnés au sein de l'Atelier de formation de l'acteur du Groupe de la Veillée, programme qu'il a fondé et qu'il dirige encore maintenant.