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Carmen Jolin
Directrice artistique et générale à compter de 2010
Metteur en scène, interprète
Carmen Jolin naît à Trois-Rivières et y vit jusqu'à l'âge de 24 ans. Comme celle de beaucoup de jeunes dans les années '60, son adolescence est prise entre deux époques, moment de passage inconfortable, plus particulièrement ici, au Québec, où des mouvements sociaux, religieux et culturels balaient tous les modèles imposés par des traditions désormais jugées flétries : c'est l'offensive de la « beat generation».
À 15 et 16 ans, elle fait partie d'un groupe qui dirige une petite boîte à chansons, La Cognée, où sont donnés, les fins de semaine, des récitals et parfois des pièces de théâtre.
Dans la même période, elle promène un spectacle de chansons dans les boîtes de la région, accompagnée dun guitariste. Dans le cadre d'un concours organisé par Radio-Canada et sadressant aux jeunes chanteurs, auteurs ou compositeurs, elle participe, nerveusement, à l'enregistrement télévisé de la finale du concours. La jeune fille de 16 ans, venue pour la première fois à Montréal, y remporte un prix dinterprétation.
En 1970, au Cégep de Trois-Rivières, c'est auprès des pères franciscains - le père Claude, le père Larue, le père Bouffard, le père Gouin -, érudits-humanistes et véritables novateurs pour leur époque, qu'elle sonde plus attentivement la poésie et l'histoire de l'art. Un peu plus tard, c'est au tour du poète Pierre Châtillon, du sculpteur Joseph Mignolet, de la linguiste madame Thibeau et du professeur Alexis Klimov à creuser sa fascination des mots et de la pensée.
Durant ses études en lettres au Centre des Études universitaires de Trois-Rivières, en 1971, elle collabore aux spectacles d'une compagnie de théâtre semi-professionnelle, le Point-Virgule et plus tard La Semelle, toutes deux dirigées par Jean Beaudry, un ami de longue date qui deviendra plus tard scénariste et réalisateur. Elle rencontre, pour la première fois, Claude Lemieux qui participe alors à la création de Hé! la Corriveau. C'est l'époque des créations collectives et aussi celle de la remise en question de la formation donnée dans les écoles de théâtre. Où elle ne s'inscrit pas, malgré un attrait décisif pour le jeu théâtral.
Puis, en feuilletant la revue Alternatives théâtrales, Carmen Jolin et son compagnon de théâtre Jean Beaudry, découvrent lexistence du Théâtre Laboratoire de Wroclaw, en Pologne, dans un article détaillé traitant du spectacle Le Prince constant. La tenue d'un Festival international de théâtre étudiant, dans la même ville de Wroclaw, les décide à projeter un voyage en Europe en 1971, voyage d'une durée de six mois dont l'itinéraire comporte, avec la Pologne, d'autres destinations.
Parmi celles-ci, Londres, où ils assistent au Songe d'une nuit d'été, créé par Peter Brook au Royal Shakespeare Company. À Prague, un journaliste, mis à la porte du «parti» durant mai '68, leur fait découvrir une ville pathétique et saisissante. À Wroclaw, l'hôte du festival de théâtre étudiant, ils sont mis en contact avec de jeunes compagnies européennes. C'est parallèlement à ce festival que le Théâtre Laboratoire met à laffiche deux représentations spéciales dApocalypsis cum Figuris, une création de Jerzy Grotowski.
(Carmen Jolin se souvient de son étonnement devant ce spectacle où se jouait, ou plutôt où ne se jouait pas une pièce. Rien de connu jusque-là. Au moment où elle y assiste, elle ignore bien sûr qu'onze ans plus tard à Montréal, suite à une représentation de Till l'espiègle/Le Journal de Nijinski, elle rencontrera Téo Spychalski, un des membres du Théâtre Laboratoire de jadis, et Elizabeth Albahaca, lactrice interprétant Marie-Madeleine dans Apocalypsis Cum Figuris.
Le voyage se poursuit. À Barcelone, ils assistent à des spectacles plutôt conventionnels mais lEspagne soulève en eux surprises et enchantements (Madrid, Tolède, Aranjuez, Séville, Cordoba, Grenade). En Grèce, cest la visite des théâtres de lAntiquité. Les six mois "on the road" se terminent par un dépaysement total en Afrique du Nord. Le Maroc, étant un théâtre en soi.
À son retour, elle na plus la tête à poursuivre un baccalauréat. Elle est ailleurs. Elle quitte Trois-Rivières et emménage à Montréal, en 1972, où elle sinscrit à des cours de musique et de chant auprès de professeurs privés et dans le cadre d'études à l'UQAM. Après avoir pris part à trois spectacles de théâtre produits par lOrganisation Ô, elle continue ponctuellement de chanter et entreprend la mise sur pied d'un nouveau spectacle de chansons, avec la collaboration de Bernard Martineau et de Germain Beauchamp, co-auteur des textes.
Elle s'engage définitivement dans la vie artistique en 1982, suite à sa participation à un atelier «parathéâtral» du Groupe de la Veillée. Se reconnaissant une appartenance particulière au travail effectué par ce groupe, elle se lie activement à la compagnie. Elle contribue intensément, et de toutes sortes de façons, au développement du Groupe en participant aux processus de décisions artistiques autant qu'administratives, en prenant la responsabilité des communications, et bien sûr en collaborant directement aux créations. Y travaillant depuis maintenant plus de 15 ans, elle est en quelque sorte l'âme féminine dans l'équipe artistique de la Veillée. Chanteuse, actrice et plus récemment, metteure en scène, ses intérêts artistiques demeurent diversifiés.
Réalisations au sein du Groupe de la Veillée
- Chanson
- Parade sauvage, un cycle de chansons présenté sur plusieurs modes et en évolution constante, dont la première version est créée en 1984.
- Jeu
- Un bal nommé Balzac d'après " La Peau de chagrin " de Balzac, (1987), Penthésilée d'après Heinrich von Kleist (1990), Créanciers de Strindberg, (1992), Le roi se meurt de Ionesco (1993), Les Démons d'après Dostoïevski (1996 et 1999).
- Mise en scène
- Conception scénique et dramatique de Penthésilée d'après Von Kleist (1990).
Mademoiselle Else d'après une nouvelle d'Arthur Schnitzler (1997).
Les Bonnes de Jean Genet (2000).
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